2 ans 1/2 d’allaitement plus tard…

La semaine mondiale pour l’allaitement maternel prend fin. Et j’avais envie de vous partager notre expérience, chez les Hibou

 

Hibou est mon 1er bébé. Et autour de moi, je n’ai jamais vraiment vu de maman allaiter, ou de mamans parler de leur expérience en allaitement.

Enceinte, contrairement à d’autres, peu de gens m’ont demandé si j’avais fait un choix entre biberon et allaitement. Je pense que pour beaucoup (surtout ma famille), ils n’envisageaient même pas que je puisse me servir de mon sein pour allaiter. La norme ayant toujours été le biberon autour de moi.

Et puis lors de ma préparation à l’accouchement, il y a bien sur eu cette séance, sur l’allaitement :

On est 2 mamans et une sage femme nous fait un cours que l’on écoute, bien sagement.

Elle nous demande si on a fait un choix.
Je lui réponds que je ne sais pas. Peut être. J’aimerais bien essayer quand même.

Quand elle me demande combien de temps, je réponds 3 mois. Parce que dans ma tête, on ne peut pas allaiter bien plus que 3 mois.

C’est dur d’allaiter. C’est fatiguant. Et puis mon mari voudra donner des biberons. C’est un peu égoïste d’allaiter longtemps, en fait.

Et puis il faudra bien retourner au travail aussi.

 

Et puis j’ai accouché. Un mardi soir, après une journée pleine de soleil.
Je n’ai pas accouché dans la douleur.
Pas celle là.

A ce moment là, j’ai même dit que je n’avais pas accouché du tout.

Mon fils est né par césarienne en urgence.

Une fois que l’on m’a rendu mon fils. La seule chose qui importait, c’était de l’avoir contre moi, et de lui tendre ce sein qu’il attendait tant. Tétée d’accueil qui a duré quasiment tout le temps où j’étais en salle de réveil.

 

L’allaitement se met difficilement en place. 48h après mon accouchement, j’ai l’impression que mon fils ne prend rien.

Il a les lèvres sèches, j’ai peur qu’il soit déshydraté. Je ne vois rien couler de mes seins et j’angoisse. Je pense qu’il n’a sans doute rien avalé depuis sa naissance. 48h sans etre nourri alors qu’il vient de naitre ! Je passe ma journée à pleurer et angoisser.

Bizarrement, j’aurais pu céder aux compléments, ou juste me dire que « l’allaitement, c’est pas fait pour moi ».

Mais je venais déjà de foirer mon accouchement. Je ne pouvais pas en plus foirer mon allaitement.
Fallait bien que je me rattrape.

Parce que, oui, a cet instant là de ma vie de jeune maman depuis à peine 48h, j’étais convaincue que si je ne réussissais pas cet allaitement, pour sauver l’échec de mon accouchement, alors, il me faudrait admettre que je n’étais pas faite pour devenir mère.

 

3eme jour : Une auxiliaire de puériculture débarque dans la chambre. Elle me fait penser à une militaire. Elle me dit que ca ne va pas du tout. Qu’il faut revoir toute la position d’allaitement. Je la trouve gonflée de me parler comme ça.

Fin d’après midi, je vois apparaître la 1ère goutte de lait au creux des lèvres de mon fils. Surement mon plus beau souvenir durant ce séjour.

Les jours passent, les semaines.

 

1 mois : 1 mois que j’allaite ! Ouah ! Je suis terriblement fière de moi, surtout quand je vois ce bébé si potelé, plein de bourrelets.

A la PMI, on m’a dit que je lui donnais beaucoup trop de tétées et qu’il avait pris trop de poids. Que j’étais en train de lui flinguer l’estomac.

Sauf qu’il réclame. Et que moi je n’arrive pas a le laisser pleurer alors tant pis. Je fais comme je le sens, au risque de tout faire de travers.

 

 

2 mois : Mes parents nous rendent visite.
Je m’absente dans la chambre pour allaiter mon fils. Mes parents et mon mari au salon.
J’entends ma mère lui demander « elle va le nourrir comme ça combien de temps ? »

J’entends mon mari lui répondre : « ça serait bien si elle y arrive jusqu’à la diversification, vers 6 mois ».
J’imagine le regard de ma mère. Ce qu’elle pense.
Ca me fait sourire. Ca m’amuse que tout cela la dérange. Alors je me dis que, oui, ça serait drôlement chouette d’aller jusqu’à la diversification.

 

4 mois plus tard : Hibou en a 6 et tète toujours autant. Toutes les 2h, nuit et jour.

C’est dur. Je doute.

Il prend beaucoup de poids quand même. Et puis « on » m’a dit que ce n’était pas bon de lui donner la tétée à la demande, il faut qu’il apprenne à se détacher du sein, il faut qu’il trouve à s’endormir seul. Il faut, il faut et il faut encore et encore et encore.

Je doute et je traverse une période très difficile. Un médecin me demande de sevrer. Il me dit qu’il faut arrêter. Que je suis épuisée. J’ai perdu pas mal de poids, je suis toujours fatiguée. Et tout le monde ou presque me fait croire que c’est la faute de l’allaitement.

J’ai envie de hurler que moi je sais que c’est pas ça. J’ai envie de hurler que si j’allaite, ce n’est pas que pour lui, c’est pour moi aussi.

Mais on ne me comprend pas vraiment.

Alors je m’accroche comme je peux. A tout ce que je peux. Surtout à mon pilier. Mon mari. Heureusement qu’il est là lui.

 

Les nuages passent. Comme toujours.
Le soleil finit toujours par chasser la tempête. C’est comme ca. C’est dans l’ordre des choses.
Il faut juste bien s’accrocher pendant la tempête.

 

1 an.

1 an que j’allaite. J’ai même repris le boulot et je gère. Je découvre les joies du tirage au travail. Je découvre les a priori sur l’allaitement « long ».
Les collègues qui ne comprennent pas vraiment mes choix. Qui n’y voient pas d’intérêt.

Période de mensonge. Pour éviter que la nounou ne file du lait de croissance à mon fils, je lui dis qu’il est IPLV.
Au moins, je suis sure qu’elle ne le fera vraiment pas. Et vite, vite. Le soir je rentre le plus vite possible, donner toutes les tétées que mon fils me réclamera le soir et la nuit.

 

Les mois filent et défilent.

2 ans. Un déménagement entre temps. Je ne travaille plus. C’est de nouveau tétées à volonté ou presque.

 

2 ans ½ : On vient de commencer l’adaptation à l’école. Il aime. Sauf qu’il aimerait aussi que maman reste. Normal. Ce n’est pas la faute à l’allaitement. C’est juste. Normal.

Alors je peux vous dire que quand je vais le récupérer, un peu avant midi. Et qu’il me demande la tétée de retrouvailles, c’est l’un des plus beaux moments de ma journée.

 

C’est une relation unique et indescriptible. C’est un lien puissant, c’est toute mon énergie qui est concentrée dans son regard, dans son contentement.

Dans mon histoire personnelle, mon attachement à mon enfant, l’allaitement a été mon sauveur. Ca a été mon lien permanent avec mon bébé. Mon fil conducteur, celui a qui je pouvais toujours me raccrocher.
 

J’ai pu compter sur l’aide de nombreuses personnes, professionnels réellement formés et informés sur l’allaitement maternel mais aussi ces groupements de mamans, sur les réseaux sociaux, qui m’ont prouvé que je n’étais pas seule, qui ont été un soutien sans faille, 7/7 et 24/24 et dont certaines mamans sont devenues de véritables amies.

Et mon mari, surtout lui.

Celui qui y a parfois bien plus cru que moi. Celui qui m’a toujours encouragée et soutenue. Celui qui m’a toujours dit qu’on y arriverait et que, peu importe les coups durs, on s’en sortirait. Parce qu’il a toujours eu raison. 

 

Alors, l’allaitement maternel, c’est toujours une relation égoïste qui exclue toute autre personne de la relation à l’enfant ?

Une chose est sure. De toute ma vie, je ne me suis jamais aussi sentie soutenue, encouragée et épaulée par tout un tas de gens, de tous côtés. On est bien loin de la relation fusionnelle et totalement excluante que certains aiment à nous décrire quand nous évoquons l’allaitement long 😉

5 Commentaires sur 2 ans 1/2 d’allaitement plus tard…

  1. Claire
    novembre 6, 2015 at 12:34 (2 années ago)

    Quel beau témoignage, émouvant… merci !
    On n’en est pas encore là (13 mois ici), mais j’aimerais bien. Parce que c’est doux, que c’est aussi tout mon amour que je lui donne, et pas juste du lait. Parce qu’on ne sait pas faire autrement…et que je ne veux pas avoir à apprendre !

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    • celine
      novembre 6, 2015 at 7:55 (2 années ago)

      C’est loin d’etre que du lait, comme tu dis, c’est de l’amour, des cargaisons, des tonnes et des tonnes d’amour, de calins, de tendresse, de caresses. Du bonheur en barre. On en devient accro a tout cet amour! :)

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  2. LISE
    novembre 25, 2015 at 8:46 (2 années ago)

    merci pour votre beau témoignage, j’allaite ma fille depuis maintenant 16 mois et j’avoue que je me pose de nombreuses question car épuisée par toutes ces tétés nuit et jour, i m’arrive parfois d’être réveillé 10 fois par nuits et ces nuits là, je me dis que j’en peux plus de l’allaitement je la met au sein mais j’avoue qu’à ce moment là je sature complètement… et le matin arrive la journée passe et je reprend plaisir à lui donner le seine.. c’est pas facile tous les jours (enfin surtout la nuit :-) )

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    • celine
      décembre 2, 2015 at 1:00 (2 années ago)

      Je me reconnais beaucoup dans ce que tu dis! Moi aussi parfois comme j’en ai eu marre (et comme j’en ai marre aussi encore maintenant!) des moments de fatigue, d’énervement, de stress, et voilà que ca ressort de cette façon.
      Pas facile à gérer. Mais on est humaines, pas parfaites et on fait comme on peut. Et nos enfants le savent bien!

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  3. Cécile
    avril 2, 2016 at 11:42 (2 années ago)

    Ton témoignage m’a beaucoup émue !
    Continue !

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